Tupos Photographie

L'empreinte d'un pas sur le sable 

Tupos

 "tupos [τύποὖ], empreinte. En grec, c'est d’abord la trace d’un pas sur du sable, ou d’un sceau sur de la cire. Il désigne la présence d’images dans les miroirs, comme si elles y étaient imprimées par l’air ; et même, comme chez Démocrite, la vision à partir de l’image-empreinte qui se voit dans l’œil d’autrui quand on le regarde de près."  Gérard Simon.

Ce que nous voyons...

« (Les dieux) ont fait en sorte que le feu pur qui réside au-dedans de nous et qui est frère du feu extérieur, s’écoulât au travers des yeux de façon subtile et continue. … Lors donc que la lumière du jour entoure ce courant de la vision, le semblable rencontre le semblable, se fond avec lui en un seul tout, et il se forme, selon l’axe des yeux, un seul corps homogène. … Et si cet ensemble vient à toucher lui-même quelque objet ou à être touché par lui, il en transmet les mouvements à travers le corps tout entier, jusqu’à l’âme, et nous apporte cette sensation, grâce à laquelle nous disons que nous voyons ». Platon, Timée, 45 b-d ; tr. fr. A. Rivaud.

Des Vies


Saisir l’instant tel une fleur

Qu’on insère entre deux feuillets
Et rien n’existe avant après
Dans la suite infinie des heures.
Saisir l’instant.

Saisir l’instant. S’y réfugier.
Et s’en repaître. En rêver.
À cette épave s’accrocher.
Le mettre à l’éternel présent.
Saisir l’instant.

Saisir l’instant. Construire un monde.
Se répéter que lui seul compte

Et que le reste est complément.

S'en nourrir inlassablement. 

Saisir l’instant.

Saisir l’instant tel un bouquet
Et de sa fraîcheur s’imprégner.
Et de ses couleurs se gaver.
Ah ! combien riche alors j’étais !
Saisir l’instant.

Saisir l’instant à peine né
Et le bercer comme un enfant.
A quel moment ai-je cessé ?
Pourquoi ne puis-je… ?

Esther Granek, Saisir l'Instant, 1981

Des Visages


Ce n'est pas en une fois

Que je saurai ton visage

Ce n'est pas en sept fois
Ni en cent ni en mille
Ce ne sont pas tes erreurs
Ce ne sont pas tes triomphes
Ce ne sont pas tes années
Tes entailles ou ta joie
Ni en ce corps à corps
Que je saurai ton corps

Ce ne sont pas nos rencontres
Même pas nos désaveux
Qui élucident ton être
Plus vaste que ses miroirs

C'est tout cela ensemble
C'est tout cela mêlé
C'est tout ce qui m'échappe
C'est tout ce qui te fuit

Tout ce qui te délivre

Du poids des origines

Des mailles de toute naissance

Et des cloisons du temps

C'est encore cette lueur :
Ta liberté enfouie
Brûlant ses limites
Pour s'évaser devant.

Andrée Chédid. Au fond du visage, 1991.

Des Paysages


Mon Ami le Paysage

J'ai pour voisin et compagnon 

Un vaste et puissant paysage 

Qui change et luit comme un visage 

Devant le seuil de ma maison.

Et je lui dis des choses tendres 

Et profondes avec mon coeur 

Les soirs quand la clarté se meurt 

Et que seul il me peut entendre


Je lui parle des jours passés

Quand, le corps lourd de déchéances,

Je vins chercher dans sa jouvence

Un air allègre et condensé,

Quand je sentis en moi renaître,

Jour après jour, l'ancien désir

D'aimer le monde et l'avenir

Et d'être fort et d'être maître "

Emile Verhaeren. 1917